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Histoire de voir

Claude Samuel ouvre en 1985 une petite clinique proposant un choix précis de montures de lunettes au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation de la rue Rembrandt à Tel-Aviv. On aurait pu y voir le début d’une tradition mais en réalité c’était un retour aux sources. L’histoire personnelle de Claude Samuel nous ramène au Paris de 1848 et au temps où ses ancêtres fabriquaient déjà des verres de lunettes sur mesure pour leurs clients. La grand-mère de Claude, Judith Goldenstein, s’inquiétait déjà de la vue des bouchers de la Villette et ce bien avant la Seconde Guerre Mondiale. Le père de Claude, Daniel Samuel, aidait à la taille des verres de lunettes dans la cuisine familiale dès l’âge de 14 ans. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, Daniel Samuel entre dans la Résistance et fabrique de faux papiers pour la population juive. Léon Samuel son père, Judith Goldenstein-Samuel sa mère et son petit frère furent déportés à Auschwitz. Aucun ne revint. Au lendemain de la Guerre, Daniel Samuel ouvre une boutique à Paris qu’il développe par la suite en un réseau de 14 magasins. Claude Samuel, né à Paris, est issu de cette famille d’opticiens et du côté de sa mère, Martine Lévy-Seligmann, d’une famille de marchands d’art.

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Optique et Art

Au cours de son adolescence, Claude rejoint le mouvement maoïste et participe à des actions révolutionnaires en France et contre le régime de Franco en Espagne. Après que ses camarades de combat aient refusé de condamner le massacre des athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972, il quitte le mouvement et milite contre l’antisémitisme en France. Ceci le mènera à participer à la traque des criminels nazis et des collaborateurs du régime de Vichy en France. Ce combat permettra la capture et le jugement de Jean Leguay, chef de la police française sous le régime de Vichy. Jean Leguay avait ordonné entre autre l’arrestation du grand-père de Claude, Léon Samuel.

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Un optometriste sioniste

En 1984, Claude s’installe en Israël. Par sionisme explique-t-il sans embarras. Un accomplissement directement lié à l’engagement anticonformiste et anarchiste qui le caractérise. Dès son arrivée, il est optométriste dans l’armée de l’Air. Par la suite, il est responsable des services d’optométrie de la caisse maladie Maccabi, tout en préservant son indépendance. Claude Samuel partage ses journées entre son travail d’optométriste au département d’ophtalmologie de l’Hôpital Shibah à Tel Hashomer, et sa clientèle privée, dans une clinique à l’angle des rues Diezengoff et Tarsat à Tel-Aviv. « Le Temple de la Culture, entre le centre Helena Rubinstein et le théâtre Habima », commente Claude dans un hébreu épicé d’accent français. Il partage son temps entre sa clientèle privée fidèle et qui ne fait confiance qu’à lui et son engagement dans la société civile.

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Le culte de la vue

Sa clientèle est composée d’une part, d’artistes, de politiciens et d’officiers dont il ne révèlera pas, par discrétion, l’identité. D’autre part, Claude Samuel sillonne des contrées lointaines dans le cadre de son engagement et de ses activités dans l’organisation Médecins pour les Droits de l’Homme. Dans ce cadre il soigne la vue des membres de tribus en Ethiopie, des rescapés de la Shoah, des travailleurs étrangers, et des nécessiteux en Israël. Des dizaines de patients par jour, « cela donne une autre dimension à la vie », affirme Claude Samuel.

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